Macron : de l’utilisation « d’éléments de langage » à l’enfumage permanent

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Le président de la République reprend le discours de la finance pour en imposer les codes à toute la société. Adepte de l’enfumage et des prises de parole creuses, il se livre aussi à un mépris de classe décomplexé pour tenter de justifier son projet libéral inégalitaire.

Elu dans un contexte de crise politique inédit et grâce à un bon alignement des planètes (crise du clivage gauche/
droite, peur du FN, casseroles à droite, naufrage du PS), E. Macron a su tirer les marrons du feu en dévoilant son programme et en mystifiant son auditoire lors de discours évasifs, fumeux et maquillés de fausses bonnes intentions.

Macron veut supprimer notre modèle social et tout ce qui a été conquis dans les luttes. Son objectif à terme est de détruire toute forme de syndicalisme ou de résistance ouvrière. En imposant sa vision managériale et actionnariale il veut abandonner la gestion du secteur public au profit du secteur privé et transposer les codes de gestion de la société privée à la sphère publique. Il n’invente rien… Il poursuit simplement les politiques libérales menées par ses prédécesseurs depuis les années 80. Enarque ayant fait ses classes chez Rothschild, il annonce clairement sa volonté de détruire toute référence aux acquis du Conseil National de la Résistance au nom de la « modernité ».

Une dialectique calquée sur celle du Medef

« Il faut qu’on ait un truc darwinien. Les mauvais mourront de la confrontation avec les autres et on verra ce qu’il en ressort », planifiait-il au moment de la création d’En marche!

En prônant un libéralisme échevelé, une politique de classe d’enrichissement des plus riches et de précarisation des plus pauvres, E. Macron étale parfois sa morgue en public. Les défenseurs du Code du travail sont ainsi des « fainéants et des cyniques ». Le monde qu’il divise entre les « premiers de cordée » et « ceux qui ne sont rien ». Lorsqu’il dérape ainsi, E. Macron se révèle sous un jour beaucoup plus noir, mégalo pour sa personne et méprisant lorsqu’il parle de « ceux qui ne sont rien ».

Le mot important, ici, c’est l’emploi du verbe être : comme si c’était leur essence, leur identité profonde plutôt que de dire « ceux qui ne possèdent rien ». Or, nous savons tous que les catégories sociales en difficulté le sont en raison d’un système économique et social qui les précarisent, les discriminent et favorisent un schéma de reproduction sociale des plus inégalitaires. Ces phrases sont révélatrices ; elles ne sont pas des accidents et leur répétition accrédite cette analyse. Elles traduisent un sentiment de supériorité et un mépris de classe, du peuple, des ouvriers, des salariés… Elles témoignent d’une vision de la société profondément inégalitaire, où certains « valent » plus que d’autres. Ce mépris a une fonction politique, celle de constituer une classe dominante en corps social seul habilité à gouverner et à dissuader ceux qu’elle dénigre d’oser s’en mêler. Ce langage repose aussi sur une novlangue qui vide ou masque la réalité de l’action menée par tous ceux qui s’opposent à cette vision inégalitaire de la société.

Le compte « pénibilité » devient compte de « prévention ». Les « perquisitions » deviennent des « visites domiciliaires ». Et l’impôt sur la fortune n’est plus un impôt de « solidarité ». Pire : la destruction du Code du travail devient une « libération du travail », une « souplesse » retrouvée et une « protection» renouvelée ». Comment s’élever contre de tels enfumages ?

L’état d’urgence doit être abrogé, « mais sans entraîner sa caducité », les licenciements doivent être « facilités » afin de « favoriser l’embauche », les hôpitaux ferment afin « d’améliorer l’accès aux soins », et les universités se barricadent afin que « chaque élève ait sa place ».

Une chasse aux pauvres, aux exclus, aux précaires…

Illettrés, fainéants, fraudeurs, parasites sociaux, ça suffit ! Il est urgent de dénoncer et de mieux punir tous ces chômeurs qui, selon Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, « bénéficient des allocations chômages pour partir deux ans en vacances ».

C’est contre ces suspects que s’engage courageusement Emmanuel Macron en prévoyant de supprimer plus durement les allocations en cas de recherche d’emploi insuffisante, de refus de formation ou de refus d’une offre d’emploi « raisonnable ». Ces mesures existent déjà mais elles doivent être durcies et renforcées. Le chômeur devra fournir un rapport d’activité. Un gentil cadeau au président du Medef, Pierre Gattaz, qui exigeait que tout chômeur subisse « un contrôle journalier ou au minimum hebdomadaire ».

Ainsi, à l’exclusion et à l’humiliation que subit déjà toute personne privée d’emploi, Emmanuel Macron ajoute la suspicion. Des mesures d’autant plus cyniques qu’en réalité, Emmanuel Macron et son gouvernement savent parfaitement que 86% des « bénéficiaires » remplissent leurs obligations. Un contrôle mené par Pôle Emploi depuis 2015 et publié en novembre 2017 montre que seulement 14% ont été radiés et que parmi ces radiés, 60% ne touchaient déjà plus d’allocation chômage !

La fraude à l’allocation chômage était estimée à 58 millions d’euros en 2015 sur les 33 milliards d’allocations versées, soit moins de 0,6%.

Ne doutons pas que le chevalier blanc Macron va « dans la foulée » prendre des mesures contre la fraude fiscale qui s’élève à 3,4 milliards d’euros chaque année et sanctionner les évadés fiscaux qui détournent annuellement
60 milliards d’euros dans les paradis fiscaux. Sinon, de mauvais esprits pourraient l’accuser de faire la chasse aux pauvres et d’épargner les riches, ce qui serait fort absolument inique.

Bien souvent, ceux qui dénoncent « l’assistanat » bénéficient eux-mêmes de confortables allocations. Ainsi Laurent Wauquiez qui dénonce sur toutes les tribunes « le cancer de l’assistanat », alors qu’il bénéficie lui-même de treize années de droits à la retraite pour avoir passé deux mois au Conseil d’État en 2004 !

La chasse aux « mauvais pauvres » est une vieille antienne. Lors de sa campagne pour les primaires de 1976, Ronald Reagan racontait l’histoire de la Welfare Queen (« la reine des allocs ») à chacun de ses meetings. Une chômeuse de Chicago qui avait 80 noms d’emprunt, trente adresses postales, 12 cartes d’assurance maladie, touchait les pensions de réversion de ses quatre anciens maris, et qui empochait au total 150000 dollars de revenus et roulait en Cadillac. Un énorme bobard, mais qui a très bien marché pour stigmatiser les assistés (chômeurs, immigrés, malades), parasites responsables de tous les maux.

… et aux retraités!

Opposer « ceux qui travaillent » à « ceux qui soi-disant profitent » est une vieille recette qui permet de détourner le ressentiment populaire contre les « mauvais pauvres » et désamorce la lutte contre l’oligarchie. Le terme de Welfare Queen est resté dans le langage courant avec une connotation raciste. Comme Reagan la situait dans le South Side de Chicago, (quartier noir), chacun comprenait que la Welfare Queen était une mère de famille noire.

Nos chasseurs de chômeurs n’en sont pas encore là, leur com’ est plus subtile mais les principes et les buts sont les mêmes : en finir avec l’État-providence, diviser les classes populaires, affaiblir les luttes et les solidarités…

Pour preuve le débat qui tente de s’instaurer entre actifs et retraités. Pour Macron les retraités sont des nantis qui passent l’essentiel de leur temps à voyager avec Costa Croisière. Il convient de rétablir la justice sociale en accroissant leur taux de CSG afin, selon le gouvernement d’« augmenter les salaires des actifs », alors même que l’Ocde estime que cette mesure ne profitera qu’à la frange des 5% de français les plus riches.

À ceux qui dénoncent les « assistés », on peut aussi utilement rappeler le montant du « non-recours », c’est-à-dire les allocations qui ne sont pas réclamées par les ayants droit et dont le total est estimé à 12 milliards d’euros !

Non réclamés… par manque d’information, par découragement ou par honte à demander des aides.

Mais ce que vise Macron en la matière, c’est le modèle allemand. Il le répète avec enthousiasme, « l’Allemagne a formidablement réformé ». En effet, en dix ans, grâce au plan Hartz, le chiffre du chômage en Allemagne a été réduit de moitié. Un grossier artifice qui consiste à transformer les chômeurs en multipliant les travailleurs pauvres. Surveillance constante, renforcement des contrôles, réduction et suppression des allocations ; des millions de chômeurs allemands ont été contraints d’accepter n’importe quel boulot minable et sous-payé, ce qui les a fait sortir des statistiques du chômage. Car si le taux de chômage en Allemagne est d’environ 4%, le taux de travailleurs pauvres est de 22%, alors qu’il est de 8,8% en France pour un chômage avoisinant les 10%.

Mais seul le chiffre du chômage compte, non pas les travailleurs pauvres, pas plus que les chômeurs, pas plus que le chômage d’ailleurs. Seul compte le chiffre. Peu importe les moyens employés pour le faire baisser. Les médias ne diffuseront que le chiffre et l’opinion ne retiendra que le chiffre.

Faut-il rappeler qu’en France, le chômage tue cent fois plus que le terrorisme ? En novembre 2014, au terme d’une longue étude auprès de 6000 chômeurs de 35 à 64 ans, l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) indiquait que le chômage tue chaque année 14000 personnes. Et cela aussi c’est un chiffre.

Section des préretraités et retraités d’Info’Com-CGT
Paris, le 5 avril 2018